“Chaque instant dans le monde des affaires ne se produit qu’une seule fois. Le prochain Bill Gates ne construira pas de système d’exploitation. Le prochain Larry Page ou Sergey Brin ne créera pas de moteur de recherche. Et le prochain Mark Zuckerberg ne créera pas de réseau social. Si vous copiez ces gens, vous n’apprenez pas d’eux.”
On m’avait beaucoup vanté ce livre. Mais sans raison particulière, à part que “c’est bien”. Eh bien, je dois dire que Zéro à un est peut-être un peu surévalué. La plupart des gens qui m’ont directement recommandé ce livre (pas seulement en ligne, mais aussi en personne) étaient généralement des amis engagés dans des projets entrepreneuriaux.
Je suppose que c’est l’un des rares livres auxquels on peut se raccrocher pour éprouver une forme d'”appartenance” au milieu entrepreneurial. Il y a quelques éclairages sur la philosophie d’une startup, mais je n’ai rien trouvé de particulièrement profond dans cet ouvrage.
L’auteur s’étend longuement sur la bulle technologique de la fin de 1999 et sur la mort de nombreuses entreprises informatiques. Ensuite, il raconte à quel point la cofondation de PayPal était géniale.
L’argument central
Rendons à Thiel ce qui lui appartient. L’idée centrale du livre — à savoir que la véritable innovation consiste à créer quelque chose d’entièrement NOUVEAU plutôt que de copier ce qui existe déjà — est une prémisse solide. Passer de “zéro à un” (inventer) plutôt que de “un à n” (répliquer). Je comprends. Et c’est une distinction qui mérite d’être faite.
Il soutient que la concurrence est surestimée et que les entreprises les plus prospères sont essentiellement des monopoles. Google, Facebook, PayPal — ils ne se sont pas contentés de mieux rivaliser, ils ont créé des catégories qui n’existaient pas auparavant. C’est une réflexion intéressante qui m’est restée à l’esprit. Mais est-ce exploitable ? Pour l’entrepreneur moyen qui lit cela dans un avion pour se rendre à une conférence ? Pas vraiment.
Le problème est que Thiel écrit du point de vue d’un MILLIARDAIRE qui se trouvait au bon endroit au bon moment. Son conseil se résume essentiellement à : “Construisez quelque chose que personne d’autre n’a construit.” D’accord, merci Peter. Très utile.
La sagesse après coup
Ensuite, on retrouve les histoires hyperboliques (généralisées) typiques sur la réussite d’une entreprise grâce à X et Y… qui ne sont que des suppositions rétrospectives. Prétendre que l’entreprise A allait échouer à cause de ceci ou de cela, une fois que c’est arrivé, c’est facile après coup.
Quand l’auteur suppose que les entreprises de technologie de panneaux solaires auraient dû prédire leur propre échec en raison de la concurrence des fabricants chinois et de la chute des prix de l’énergie (due à la fracturation du schiste), c’est tout simplement ridicule. Comment prédit-on sa propre mort ? Honnêtement…
C’est ma plus grande frustration avec ce genre de livres. Ils prennent des résultats déjà actés, reconstruisent un récit à l’envers, puis le présentent comme si la leçon était ÉVIDENTE depuis le début. Ce n’était pas le cas. Personne ne savait que la fracturation du schiste ferait s’effondrer les prix de l’énergie lorsque ces entreprises solaires se sont lancées. Mais il est certain que cela fait intelligent de dire qu’elles auraient dû le voir venir — après les faits.
La PayPal Mafia
Une grande partie du livre est dédiée au temps passé par Thiel chez PayPal et à la “PayPal Mafia” — ce groupe d’employés de la première heure qui ont ensuite créé YouTube, LinkedIn, Yelp et bien d’autres entreprises. Écoutez, c’est une histoire sympa. Mais cela ressemble plus à une démonstration de force qu’à une leçon.
“Hé, regardez tous mes amis qui ont réussi et qui se trouvaient par hasard dans la même pièce au même moment pendant le plus grand boom technologique de l’histoire.”
Ce n’est pas une formule reproductible. C’est un ticket de loterie.
Les détours étranges
Ce qui m’a vraiment achevé, c’est la comparaison avec des célébrités excentriques et la raison pour laquelle elles deviennent folles. Est-ce que cela a vraiment sa place dans un livre sur les startups ? Je ne sais pas. Peut-être juste pour souligner que les fondateurs de startups sont généralement un peu déjantés (encore une fois, une généralisation excessive).
Il y a aussi un chapitre où Thiel s’aventure sur un terrain quasi philosophique concernant la nature du progrès et la question de savoir si nous devrions être optimistes ou pessimistes quant à l’avenir. Une conversation de dîner intéressante ? Certes. Un conseil pratique pour bâtir une entreprise ? Pas vraiment.
J’attendais que le livre me donne quelque chose que je puisse réellement UTILISER. Un cadre. Une liste de contrôle. Un modèle mental. Quelque chose. Au lieu de cela, j’ai eu une collection d’opinions d’un homme très riche qui semble croire que son succès est entièrement le résultat de ses idées — et non, vous savez, aussi d’un timing et d’une chance assez incroyables.
Ce que j’en ai retiré
Pour être juste, il y a quelques pépites à conserver.
L’idée qu’il faut viser un petit marché que l’on peut DOMINER plutôt qu’un marché immense où l’on va se noyer ? C’est un conseil solide. Surtout pour les entreprises internet. J’ai vu cela de mes propres yeux — ceux qui se spécialisent dans une niche et s’approprient leur coin de marché surpassent presque toujours les généralistes.
Le point de Thiel sur le fait que la vente est sous-estimée est également bon. Il soutient que le meilleur produit ne gagne pas toujours — c’est la meilleure distribution qui gagne. En tant que professionnel du marketing en ligne, je peux confirmer que c’est 100 % vrai. Vous pouvez avoir le meilleur produit du monde, si personne ne le connaît, vous êtes mort.
Il y a donc des idées utiles ici. Elles sont simplement enfouies sous beaucoup d’autosatisfaction et d’analyses de comptoir après coup.
Dernières pensées
Peut-être y a-t-il un message plus important dans ce livre. Mais je ne l’ai pas vu.
Quoi qu’il en soit, recommanderais-je ce livre pour une lecture facile ? Bien sûr !
Dirais-je que c’est autre chose qu’un éditorial sensationnaliste ? Pas vraiment.
Zéro à un est l’un de ces livres devenus des lectures obligatoires dans la culture startup — mais je pense que cela en dit plus sur la culture startup que sur le livre lui-même. C’est court, c’est à contre-courant, et c’est écrit par un type qui pèse des milliards. Cette combinaison fait vendre des livres. Quant à savoir si cela vous aide réellement à CONSTRUIRE quoi que ce soit ? Je n’en suis pas convaincu.
Si vous aimez les startups et la culture tech, vous apprécierez probablement le feuilleter. Ne le considérez simplement pas comme une parole d’évangile.
3/5 — une lecture d’avion correcte, mais ne vous attendez pas à ce qu’elle change votre vie.
Merci de m’avoir lu.
— Leonidas